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Annesophie B.

https://www.instagram.com/annesophiebooks/?hl=fr

chroniqueuse littéraire à temps complet.

C'est ainsi que tout s'achève

Caroline Eriksson

Presse de la Cité

19,00
25 novembre 2020

Bon polar.

Un thriller psychologique à la température de saison !
Voilà une lecture que je n’ai pas lâchée avant la fin.

Alors non, C’est Ainsi Que Tout S’achève n’a pas été un énorme coup de cœur et il ne rentrera probablement pas dans mon top de l’année, MAIS il n’en reste pas moins un bon thriller du genre, qui fait très bien son travail.

L’ambiance y est particulière, si glaciale que le froid semble sortir des pages. Pas nécessairement à cause du climat du lieu où se déroule l’intrigue (même si ça joue aussi), mais surtout par l’atmosphère que Caroline Eriksson parvient à nous faire ressentir.
Et ça fait partie des qualités que je recherche dans un bon roman.

Les personnages sont troubles, presque dérangeants.
Elena, en particulier, dont on perçoit l’instabilité à chaque page, est difficile à cerner. Le lecteur ressent tout à tour pour ce personnage de l’empathie, des doutes et même une certaine forme de crainte qui s’apaise jamais totalement.

La place de l’écrivain et de son œuvre est omniprésente tout au long de cette lecture. Que ce soit au niveau des questionnements que assaillent le premier, ou de la difficulté pour lui de faire la part des choses entre ce qu’il crée et ce qu’il est.

Certains devineront une partie de la révélation finale assez tôt, mais ça n’est pas spécialement gênant puisque toute l’attention du lecteur est focalisée sur l’évolution de l’histoire bien plus que sur sa résolution.
L’alternance des points de vue par chapitre fonctionne bien ici, elle ne nous perd aucunement et rend justement la trame assez addictive.
La plume est simple et efficace, sans fioritures inutiles.

C’est Ainsi Que Tout S’achève est donc un roman tout en ambiance, qui plaira au lecteur de thrillers psychologiques et/ou domestiques, et qui parvient, sans être transcendant, à nous retenir jusqu’à la toute fin.
Quant à Caroline Eriksson, c’est une auteure à suivre de près.

À découvrir.

Alabama 1963
25 novembre 2020

Alabama

Une lecture que je ne garderai hélas pas très longtemps en mémoire.
Alabama 1963 est un roman qui a énormément fait parler de lui, autant au sein de la blogosphère qu’ailleurs, avec la plupart du temps d’excellents retours.
Malheureusement, je fais partie du très petit nombre de lecteurs qui n’ont pas été passionnés.
Le roman n’est pas mauvais (loin s’en faut), mais personnellement je n’ai pas trouvé entre ses pages les qualités que je recherche dans une nouvelle lecture.

L’intrigue, même si elle est efficace, ne se démarque pas des nombreuses autres que l’on a déjà rencontrées dans d’autres romans traitant de ce sujet.
Je n’ai éprouvé aucune empathie pour les différents personnages. Là encore, ils ne sont pas inintéressants, mais je les ai trouvés trop lisses, et, paradoxalement, parfois trop caricaturaux.

Pour le style, là encore il m’a manqué ce petit plus qui nous fait des fois adorer des lectures qui pêchent par d’autres aspects.
Mon plus gros souci a été le manque total d’attachement et d’immersion que j’ai ressenti jusqu’à la fin. À aucun moment je n’ai « vécu » l’histoire et oublié que j’étais en train de tenir un livre.

Pour autant je comprends qu’il ait remporté un tel succès. Le sujet est passionnant, et malheureusement encore parfois d’actualité.
De plus, c’est un polar qui se tient, et qui répondra aisément à l’attente de beaucoup.
Néanmoins, pour ceux et celles qui ont déjà lu de nombreux romans abordant ce thème, ou se situant à cette époque, l’impression de « déjà-lu » pourrait leur poser la même petite déception qu’à moi.

Un bon polar, tout à fait correct, écrit à quatre mains par des auteurs dont on sent l’expérience, et qui plaira donc aux lecteurs qui cherchent à mieux connaître cette période, mais un peu moins à ceux qui en ont déjà eu l’occasion d’en lire de nombreux autres.
Mais le mieux, comme toujours, est de vous faire votre propre opinion.

Belle découverte à tous.

Les aveux

Sonatine éditions

20,00
16 novembre 2020

Parfait polar.

Voilà un vrai polar.
Ce nouveau titre de John Wainwright rassemble tous les ingrédients nécessaires pour un roman du genre, et le résultat est bien au-delà de ce que l’on peut en général trouver dans ce registre.

Tout repose sur les protagonistes et sur l’ambiance qui entoure l’intrigue, et à la lecture des Aveux, on se rend compte que pour certains auteurs particulièrement talentueux, il n’en faut pas plus pour nous offrir une excellente histoire.

Herbert Grantley se présente un matin au bureau de l’inspecteur Lyle pour avouer le meurtre de sa femme, Norah.
Mais Lyle doute. Pour lui, quelque chose cloche.
Et bien que Grantley maintienne qu’il a empoisonné son épouse, le policier, lui, décide de profiter de cette déposition spontanée pour faire toute la lumière sur cette affaire qui n’en était pas une.

L’histoire débute ainsi, deux hommes qui s’affrontent dans un face à face aussi déroutant que surprenant pour l’un comme pour l’autre.
Pourquoi ce policier refuse-t-il de croire cet homme ?
Pourquoi Grantley vient-il subitement s’accuser d’un meurtre qui n’a absolument pas l’air d’en être un ?
Quels sont les secrets camouflés derrière le rideau opaque de ce couple de petits bourgeois ?

Alors, non, il n’y aura ni course poursuite, ni coups de feu. Pas de prise d’otages ou autres scènes d’action spectaculaire.
John Wainwright n’a aucunement besoin de tous ces artifices pour nous prendre dans sa toile.
Ni pour nous y maintenir fermement jusqu’à la dernière ligne.

Et pourtant, malgré cette absence d’actions, le roman défile à une allure folle.
Le lecteur, tout comme le pharmacien ou l’inspecteur, est pris dans cette confrontation comme s’il y assistait.
La pression augmente page après page, de façon régulière et sans jamais faiblir.
Pour arriver à un final en apothéose.

Les Aveux est clairement un excellent polar. Un polar parfait même, de ceux que l’on oublie pas, de ceux dont on fait des films qui restent très longtemps en mémoire.
Un polar « à l’ancienne », tout en subtilités et en nuances, comme on en voudrait plus.

Une de mes meilleures lectures du genre, sûrement même LA meilleure de cette année dans cette catégorie.
À lire sans hésiter !

La face cachée de Lily
4 novembre 2020

Bol d'air et reflexion.

Voilà un roman étonnant !
J’avais commencé La Face Cachée de Lily, de Françoise Dorner, parce que sa 4ème de couverture me laissait penser qu’il était drôle (et donc capable d’apaiser un peu ce début de reconfinement), j’ai rapidement compris qu’il allait bien plus loin que la simple situation tragi-comique écrite en résumé.

La fidélité est bien l’un des thèmes, mais c’est loin d’être le seul, et, contre toute attente, c’est sûrement le sujet le plus léger abordé par l’auteure.

Le manque de confiance en soi, la perte du père, les relations toxiques mère/fille, les séquelles de l’enfance sur la vie d’adulte, sont autant d’autres sujets très bien amenés et développés par Mme Dorner.

Mais ne vous y trompez pas, le livre EST drôle, mais avec ces 155 pages, il arrive aussi à être bien plus que cela.
Il est comme la vie, en fait. Elle est difficile, parfois douloureuse, mais elle a (heureusement) ces moments de légèreté qui nous permettant à tous de supporter le reste.

Le personnage de Lily, par exemple, ressemble à n’importe lequel d’entre nous : imparfaite mais attachante, empathique et maladroite, énervante et touchante.
Humaine donc.

Je ne ferai pas de résumé de l’histoire, car sur un roman court, ça peut trop facilement enlever une partie des surprises qui s’y cachent.
Mais clairement je vous recommande de vous le procurer et de le lire, ne serait-ce que pour les sourires qu’il vous apportera et les questions qu’il soulève.

Ne vous attendez pas à une intrigue démoniaque, ni à de grandes révélations sur la société, prenez le pour ce qu’il est : une tranche de vie, sans faux-semblants ni leçons sous-jacentes.
Une tranche de vie émouvante et drôle, parfois ardue mais toujours étonnante, à l’image de celle-ci.

Un bon moment de détente, et également de réflexion, en bref un roman qui fait du bien dans le contexte actuel.

À découvrir, histoire de nous oublier un peu.

La loi des hommes

Utroi, Wendall

Slatkine Et Cie

18,00
4 novembre 2020

Excellent polar historique.

Une des choses les plus importantes, pour un roman réussi, c’est d’arriver à faire ressentir l’atmosphère de l’intrigue aux lecteurs.
Et de ce point de vue, comme de beaucoup d’autres d’ailleurs, La Loi des Hommes est une formidable lecture.

Wendall Utroi ne se contente pas de nous raconter une ville de Londres du XIXe siècle, il lui fait prendre vie sous nos yeux.
On ressent tout, de ce lieu et des personnes qui y errent. L’humidité, le brouillard, la puanteur des bas fonds de la capitale britannique nous sautent à la gorge à chaque page. Tout comme le désespoir suintant de ses habitants.

Il ne faisait pas bon être pauvre dans cette ville à cette époque.
Il ne faisait pas bon être une femme, à cette époque.
Alors pour des femmes pauvres, quelles étaient les chances de survie ?

En découvrant le journal intime de Wallace Hardwell, et en demandant à sa fille de le lui traduire, Jacques ne s’attendait pas du tout à se retrouver au cœur d’une telle enquête.
Et nous non plus.
Et pourtant, tout comme lui, une fois les premières pages lues, il nous faut absolument savoir. Et tenter de comprendre.

Peu d’auteurs réussissent à faire transpirer une telle ambiance de leurs lignes. Patrick Süskind y est incroyablement bien arrivé avec son magnifique et troublant « Parfum ». Il est LA référence ultime pour moi, en terme d’immersion du lecteur dans le décor d’un roman.
Et, pour une fois, je viens de découvrir, avec Wendall Utroi, un écrivain qui s’en rapproche énormément.
Aussi terrible que soit l’histoire de La Loi des Hommes, elle est fascinante.
Il faut savoir que ce scandale a réellement existé, et que la plupart des lieux et des protagonistes sont parfaitement respectés par l’auteur.

Ce polar est d’autant plus brûlant que, pour être historique, il n’en est pas moins furieusement actuel dans son sujet.
Vous serez surpris de constater à quel point certains dérives de la Loi sont toujours d’actualité...

C’est donc un excellent thriller que l’auteur nous propose ici. Tout en finesse, malgré la brutalité du thème. Et ses 390 pages défilent à toute allure.

Une nouveauté à découvrir sans hésiter, autant pour la plume que pour pour l’histoire.