Lundi : 14h-19h00

Mardi - Samedi : 10h - 12h30, 14h00 - 19h00

Annesophie B.

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chroniqueuse littéraire à temps complet.

Huit crimes parfaits, Roman

Roman

Éditions Gallmeister

23,40
28 février 2021

A l'ancienne.

Ce thriller a été un très bon moment de lecture.
Moi qui, adolescente, savourait les romans d’Agatha Christie, j’ai retrouvé, avec Huit Meurtres Parfaits, ce mélange de réflexion est d’ambiance qui me plaisait tant à l’époque.

Malcolm Kershaw qui tient une librairie à Boston, vit simplement et aimé son métier par-dessus tout.
Son quotidien va pourtant considérablement se compliquer quand l’agente Gwen Mulvey va le contacter pour lui poser des questions sur un article qu’il avait publié quelques années plus tôt sur le site de sa librairie.

En grand féru de polars, et en particulier de polars classiques, il avait établi une liste de « crimes parfais », tirée de ses lectures favorites.
Mais il semblerait que quelqu’un ait décidé de prendre tout cela au sérieux et de perpétrer les meurtres cités, exactement dans les mêmes circonstances que dans les romans dont ils sont tirés.
Qui est l’assassin ?
Quel est son mobile ?
Comment l’arrêter avant qu’il ne parvienne au bout de la liste ?
Malcolm est-il victime... ou coupable ?

Après tout, comme dans ses rites favoris, lui aussi est un personnage plein de secrets...

Un libraire bibliophile cerné par des zones d’ombres, des agents du FBI un peu particuliers, des secrets mis à jour petit à petit, un chat plus que malin...
Voilà pour les ingrédients.
Une ville de Boston écrasée sous la pluie et la neige, un mystérieux tueur qui semble toujours avoir une longueur d’avance, des souvenirs troublants qui refont surface et des demi-vérités qui se murmurent.
Voilà pour l’ambiance.
Agatha Christie, Berkeley Cox, James Cain, Ira Levin, Donna Tartt, Pat Higtsmith.
Voilà pour les influences meurtrières.
Avouez qu’il y a de quoi faire.

Alors si vous aimez les Cluedo modernes et les références littéraires vous apprécierez sûrement le nouveau roman de Peter Swanson.
Et je peux vous assurer que vous ne trouverez pas le meurtrier avant la fin...

Si ça saigne

Albin Michel

28 février 2021

Une petite bombe.

Attention, ce livre, c’est de la dynamite !
La parution du nouveau titre de Stephen King fait beaucoup parler chaque année, et pour cause : il est difficile de rester de marbre devant le talent du Monsieur.
Si ça saigne ne dérogera pas à la règle : il va régaler les fans et embarquer ceux qui ne le sont pas encore.

Cette année c’est un recueil de 4 nouvelles qu’il nous propose. Et quelles nouvelles !
Qu’elles nous fassent rêver, trembler ou réfléchir, ce qui est certain c’est qu’elles ne laisseront personne indiffèrent.
On y retrouve les thèmes chers à l’auteur : le processus de création, l’amitié, l’imagination individuelle ou collective.
Et comme d’habitude, chacune des intrigues nous entraîne et nous retient avec une facilité déconcertante.

Petit bonus, la troisième nouvelle (pas si petite que ça puisqu’elle fait, à elle seule, 190 pages !), est la suite de L’Outsider, paru il y a deux ans.
Cette nouvelle, entièrement centrée sur Holly Gibney (que les lecteurs connaissent depuis la trilogie de Mr Mercedes), peut bien évidemment être lue de façon indépendante.
Toutefois, le fait de connaître cette trilogie et L’Outsider apporte une réelle plus-value à la lecture, ne serait que pour appréhender l’évolution de cette héroïne si originale.

Les différentes histoires sont toutes aussi passionnantes les unes que les autres, et leur atmosphère individuelle est unique, comme toujours avec le Maître du genre.
Nous voilà en tout avec 458 pages de pur régal, que l’on décide de lire les nouvelles par intermittence ou que l’on préfère dévorer le livre dans son entièreté.

Un recueil à ne pas louper donc, que vous soyez déjà fan de l’auteur ou que vous vouliez le découvrir.
Ensuite, il ne vous restera plus qu’à attendre encore plus impatiemment sa prochaine parution.
À lire sans tarder !

La cité de larmes

Sonatine éditions

23,00
28 février 2021

Une très belle suite.

La Cité des Larmes est le second volet de la nouvelle saga historique de Kate Mosse, et fait donc suite à La Cité de Feu.
Et personnellement, si j’avais déjà beaucoup aimé le premier, ce deuxième tome m’a encore plus embarquée.

Dix ans ont passé depuis le début de La Cité de Feu. Nous voici donc en 1572, dans une France toujours tourmentée par les guerres de religions.
Nous retrouvons Minou, Piet et une partie de leur famille, prêts à se mettre en route pour Paris, pour assister au mariage de Marguerite de Valoir et de Henri de Navarre.
Si, pour certains, l’espoir est grand que cette union soit le signe d’un accord de paix entre catholiques et protestants, d’autres mettent tout en œuvre pour qu’au contraire cela tourne au carnage...

Nous savons tous, aujourd’hui, ce qu’il en a finalement été. Et pourtant qu’il est bon de se replonger dans l’Histoire, guidé par la plume si efficace et prenante de Kate Mosse !
Si la St Barthelemy est bien entendu présente, n’allez toutefois pas croire que vous vous apprêtez à lire un énième roman sur cette nuit tragique.
Car si nous suivons évidemment l’Histoire à travers ce roman (nous la vivons même !), elle nous y ajoute également les histoires de ses personnages auxquels nous avons appris à tant nous attacher.
Et le mélange des deux est une petite merveille à déguster.

L’auteure recrée excellemment l’atmosphère de l’époque, et tout nous semble quasiment « à portée de main » durant cette lecture. Les bruits, les peurs, les odeurs, les douleurs : tous les ressentis sont quasiment palpables, tant elle a su les mettre en valeur sans jamais avoir besoin de sur jouer sur le côté violent et sanglant de cet événement.

On compare de plus en plus Kate Mosse à Ken Follett, et à la lecture de ce roman on comprend pourquoi.

Les 575 pages se défilent à toute vitesse, et si l’on en ressort un peu essoufflé tant l’immersion était bonne, le premier souhait qui vient à l’esprit est que le prochain opus arrive rapidement.

Donc si vous aimez les romans historiques, les intrigues prenantes et les enquêtes haletantes, n’hésitez pas à découvrir La Cité des Larmes ! Vous ne le regretterez pas.

1, La Traversée des temps, Tome 1 : Paradis perdus

Tome 1 : Paradis perdus

1

Albin Michel

28 février 2021

Inoubliable épopée.

Un phénoménal plongeon dans l’Histoire de l’Humanité.
Eric-Emmanuel Schmitt est un conteur hors pair. Ces nombreux romans et ses belles nouvelles nous l’avaient déjà prouvé.
Mais avec Paradis Perdus il franchit un palier supplémentaire : en plus de nous raconter cette épopée sensationnelle, il la modèle littéralement sous nous yeux.

Suivre les aventures de Noam, c’est suivre celles de l’humanité dans son ensemble.
Il a tant vu, tant appris.
Alors il décide de tout retranscrire, enfin.
8000 ans à raconter.
Oui, 80 siècles, que nous nous apprêtons à traverser avec lui, au gré de ses souvenirs.

L’auteur s’attaque ici à une œuvre qui semble avoir tout le potentiel nécessaire pour devenir une référence dans le genre.
Une œuvre monumentale intitulée La Traversée des Temps, qui devrait comprendre pas moins de huit volumes et dont Paradis Perdus est le premier tome.
564 pages de mise en bouche au goût si savoureux qu’on en devient très vite totalement amoureux.

Histoire passionnée et passionnante, dépeinte par une plume irrésistible.
Histoire de l’Homme, Histoire du Monde, dans tout ce qu’elle a de plus beau et de plus terrible, Paradis Perdus nous ouvre les portes d’une époque où hommes et Nature coexistaient sans se combattre.
Où la Nature était reine, et où aucun humain n’aurait songé à remettre cette souveraineté en question.

On suit les débuts de Noam avec un intérêt qui se transforme très vite en addiction, captivé par cette civilisation si différente, et pourtant, quelque part, déjà porteuse de nos erreurs à venir.

Les personnages sont si parfaitement modelés qu’on les sent aussi proches de nous que si ça c’était passé hier.
L’atmosphère, splendide, nous transporte et nous étouffe, en fonction des chapitres.
Quant à l’histoire, qu’en dire ? Il est impossible de la résumer, elle est à découvrir par soi-même, à travers les pages, au travers des lignes de cette incroyable épopée.

Cette lecture a été un coup de foudre sans précédent, parce qu’elle ne ressemble à aucune autre, et parce qu’elle offre une expérience sans pareille.
Ce roman est la rencontre de la Littérature et de l’Histoire.
Celle d’un style qui sublime un genre.
Un voyage à ne pas rater.

Le Mal-épris, Roman
18,50
5 février 2021

Puissant et délicat.

Quatre heures. Seulement quatre petites heures.
C’est le temps qu’il m’a fallu pour découvrir et dévorer Le Mal-Épris, de Bénédicte Soymier.
Impossible à lâcher, j’ai seulement concédé deux petites pauses de quelques minutes à mon cerveau fasciné.

Ce début d’année 2021 nous offre décidément de nombreux premiers romans d’une profondeur, d’une élégance et d’une grâce folles.
Et celui-ci en fait clairement partie.

Paul est laid. Paul souffre.
Paul aimerait tellement être autre.
Paul a subi. Paul a enduré.
Paul aimerait tant avoir été autre.
Vraiment ?
À partir de quand la souffrance passée devient-elle un passe-droit pour les blessures à venir ?

Paul s’explique. S’exprime.
Mais pas trop.
Paul s’accuse. S’excuse.
Mais pas longtemps.
Paul reproduit-il ?
LA fameuse question. Celle qui permettrait de comprendre, de compatir, de pardonner.
Sauf que non. Ça, c’est trop simple, trop réducteur.
Trop facile.
Il n’y a pas de fatalité, seulement des choix.
Et Paul fait les mauvais, encore et encore. En toute conscience.

Paul est une victime, mais Paul est un bourreau.
La première n’excuse pas le second.
Jamais.

Bénédicte Soymier trace cette histoire d’une plume phénoménale.
Précise. Concise. Parfois à l’extrême.
Et c’est parfait ainsi.
Pas de détails superflus, pas de digressions inutiles.
Droit aux faits. Droit au cœur.
Elle nous raconte une histoire terrifiante et banale, qui nous heurte et nous révulse.
Nous alerte et nous questionne.
Elle vise la tête, le ventre et l’âme.
Et fait mouche à chaque fois.

Paul, Mylène, Angélique, Émilie.
Incorrigiblement humains, désespérément faillibles, ils sont multiples, bons ou mauvais, forts ou faibles.
Acteurs ou témoins.
Victimes ou bourreaux.

Ce roman dissèque, transmet, et explique. Mais il n’excuse pas. Rien.
Jamais.
On en ressort essoufflé, fourbu, sonné.
Par l’histoire et le style.
L’une est tragique et l’autre, sublime.
Par le ton et par le rythme.
L’un tranchant, l’autre, hypnotique.

Est-ce qu’il faut le lire ? Oui, cent fois oui.
Et aussi le faire lire. Partout. Par tous.