Lundi : 14h00 - 19h00

Mardi - Samedi : 09h30 - 13h00, 14h00 - 19h00

Annesophie B.

https://www.instagram.com/annesophiebooks/?hl=fr

chroniqueuse littéraire à temps complet.

La face cachée de Lily
4 novembre 2020

Bol d'air et reflexion.

Voilà un roman étonnant !
J’avais commencé La Face Cachée de Lily, de Françoise Dorner, parce que sa 4ème de couverture me laissait penser qu’il était drôle (et donc capable d’apaiser un peu ce début de reconfinement), j’ai rapidement compris qu’il allait bien plus loin que la simple situation tragi-comique écrite en résumé.

La fidélité est bien l’un des thèmes, mais c’est loin d’être le seul, et, contre toute attente, c’est sûrement le sujet le plus léger abordé par l’auteure.

Le manque de confiance en soi, la perte du père, les relations toxiques mère/fille, les séquelles de l’enfance sur la vie d’adulte, sont autant d’autres sujets très bien amenés et développés par Mme Dorner.

Mais ne vous y trompez pas, le livre EST drôle, mais avec ces 155 pages, il arrive aussi à être bien plus que cela.
Il est comme la vie, en fait. Elle est difficile, parfois douloureuse, mais elle a (heureusement) ces moments de légèreté qui nous permettant à tous de supporter le reste.

Le personnage de Lily, par exemple, ressemble à n’importe lequel d’entre nous : imparfaite mais attachante, empathique et maladroite, énervante et touchante.
Humaine donc.

Je ne ferai pas de résumé de l’histoire, car sur un roman court, ça peut trop facilement enlever une partie des surprises qui s’y cachent.
Mais clairement je vous recommande de vous le procurer et de le lire, ne serait-ce que pour les sourires qu’il vous apportera et les questions qu’il soulève.

Ne vous attendez pas à une intrigue démoniaque, ni à de grandes révélations sur la société, prenez le pour ce qu’il est : une tranche de vie, sans faux-semblants ni leçons sous-jacentes.
Une tranche de vie émouvante et drôle, parfois ardue mais toujours étonnante, à l’image de celle-ci.

Un bon moment de détente, et également de réflexion, en bref un roman qui fait du bien dans le contexte actuel.

À découvrir, histoire de nous oublier un peu.

La loi des hommes

Utroi, Wendall

Slatkine Et Cie

18,00
4 novembre 2020

Excellent polar historique.

Une des choses les plus importantes, pour un roman réussi, c’est d’arriver à faire ressentir l’atmosphère de l’intrigue aux lecteurs.
Et de ce point de vue, comme de beaucoup d’autres d’ailleurs, La Loi des Hommes est une formidable lecture.

Wendall Utroi ne se contente pas de nous raconter une ville de Londres du XIXe siècle, il lui fait prendre vie sous nos yeux.
On ressent tout, de ce lieu et des personnes qui y errent. L’humidité, le brouillard, la puanteur des bas fonds de la capitale britannique nous sautent à la gorge à chaque page. Tout comme le désespoir suintant de ses habitants.

Il ne faisait pas bon être pauvre dans cette ville à cette époque.
Il ne faisait pas bon être une femme, à cette époque.
Alors pour des femmes pauvres, quelles étaient les chances de survie ?

En découvrant le journal intime de Wallace Hardwell, et en demandant à sa fille de le lui traduire, Jacques ne s’attendait pas du tout à se retrouver au cœur d’une telle enquête.
Et nous non plus.
Et pourtant, tout comme lui, une fois les premières pages lues, il nous faut absolument savoir. Et tenter de comprendre.

Peu d’auteurs réussissent à faire transpirer une telle ambiance de leurs lignes. Patrick Süskind y est incroyablement bien arrivé avec son magnifique et troublant « Parfum ». Il est LA référence ultime pour moi, en terme d’immersion du lecteur dans le décor d’un roman.
Et, pour une fois, je viens de découvrir, avec Wendall Utroi, un écrivain qui s’en rapproche énormément.
Aussi terrible que soit l’histoire de La Loi des Hommes, elle est fascinante.
Il faut savoir que ce scandale a réellement existé, et que la plupart des lieux et des protagonistes sont parfaitement respectés par l’auteur.

Ce polar est d’autant plus brûlant que, pour être historique, il n’en est pas moins furieusement actuel dans son sujet.
Vous serez surpris de constater à quel point certains dérives de la Loi sont toujours d’actualité...

C’est donc un excellent thriller que l’auteur nous propose ici. Tout en finesse, malgré la brutalité du thème. Et ses 390 pages défilent à toute allure.

Une nouveauté à découvrir sans hésiter, autant pour la plume que pour pour l’histoire.

Verity

Colleen Hoover

Hugo Roman

19,95
30 octobre 2020

Une vraie surprise.

Verity est un thriller qui cache bien son jeu.
Ne vous fiez ni à sa jolie couleur turquoise, ni à l’auteure, Colleen Hoover, connue jusqu’ici pour ses romans sentimentaux, ou encore à ses dix premières pages qui ne laissent pas présager ce qui va suivre et qui va vous scotcher à votre canapé.

Elle a décidé avec ce titre de s’essayer à un nouveau genre, et, pour ma part, j’espère qu’elle renouvellera souvent l’expérience !

Je ne m’attendais vraiment pas à ça, ou en tout cas, pas à un niveau pareil.
Si les thrillers de chez Hugo & Cie font toujours très bien leur job, celui-là a carrément dépasser mes espérances.

Nous sommes ici dans un thriller psychologique pur jus, en huis clos, avec des personnages tourmentés et des thèmes pour le moins difficiles.
Et ça marche, ça marche même diablement bien.

J’avoue avoir eu la chair de poule (au ses propre !) plus d’une fois, voire même la nausée, et ce malgré l’absence totale de scènes horrifiques, je vous rassure tout de suite.
Non, c’est bel et bien les sujets dont traite le roman, et surtout la façon dont l’auteure fait monter la tension crescendo, qui créent ce sentiment d’angoisse grandissant.

Alors, oui, certaines tournures, certaines petits passages, laissent peut-être entr’apercevoir la plume romantique de Miss Hoover. Mais derrière ça, l’ambiance est si glaçante, si parfaite, qu’on oublie très vite ces petits détails.

L’intrigue, les personnages, le déroulé, le rythme, et même la fin, j’ai tout aimé dans ce roman.
Non seulement il fait le boulot, mais en plus ils vous poussera à en redemander.

Un thriller qui pourra rassembler autant les accros du genre, en recherche de quelque chose de différent, que ceux qui débutent dans cette catégorie.

Donc si vous aimez les thrillers psychologiques bien fichus et que vous trouvez Verity, en faisant les courses, ou tous simplement sur un des nombreux sites de ventes de livres, puisque les libraires sont contraints à la fermeture, n’hésitez pas une seconde et procurez vous ce titre.

Un très bon roman, à dévorer pendant ce confinement, ou pour tout autre occasion !

La Fille du quai

Presse de la Cité

20,00
26 octobre 2020

Un bon thriller psycho-judiciaire.

Connaît-on jamais vraiment nos proches ?
Lorsque Olivia, avocate renommée, reçoit un appel lui annonçant que Jack se trouve au commissariat, accusé d’une fusillade qui a fait trois victimes, son premier réflexe est de le penser innocent.
Après tout, Jack a perdu sa propre femme dans une autre fusillade il y a quelques années, et jamais il ne pourrait faire une chose pareille.
Et surtout, ils ont été fiancés et elle le connaît assez pour savoir que cet homme est incapable de faire du mal.
Même si son alibi ressemble à une plaisanterie.
Même si Jack est un auteur reconnu, qui vit des histoires qu’il raconte.
Même si une des trois victimes se trouve être son pire ennemi.
Elle décide donc de tout faire pour le sortir de là.
Mais quand les preuves commencent à s’accumuler, et que certains aspects sombres de la personnalité de Jack commencent à émerger, Olivia commence à douter.

S’agit-il d’un terrible concours de circonstances, ou du plan le plus diabolique qui soit ?
Pour le savoir, elle va devoir questionner, chercher, enquêter, et surtout accepter de se poser les bonnes questions.

Alafair Burke propose avec « La Fille du Quai » un thriller psycho-judiciaire bien tourné et efficace.
On l’a sent à son aise avec cette intrigue, et pour cause, puisqu’elle a elle-même été procureur avant de devenir auteure.
Son roman précédent était bon, mais celui-ci est très clairement un grand au-dessus. Et si Un Couple Irréprochable est en cours d’adaptation, aucun doute que celui-là intéressera tout autant, si ce n’est plus, des producteurs.

Le rythme est celui d’un thriller judiciaire, lent sans jamais être mou, prenant sans être anxiogène.

Les thèmes abordés sont multiples et intéressants : les armes à feu, l’importance de la place des médias dans les affaires judiciaires, le syndrome de stress post traumatique, le deuil... Mais le tout est traité sans surenchères, que ce soit d’actions ou de sentimentalisme.

Les personnages sont peu nombreux mais tous différents, énigmatiques et faillibles. Humains, donc.

Quant à la trame, elle tient solidement, du début à la fin (qui en surprendra plus d’un).
Un bon thriller du genre, qui tient ses promesses.
À découvrir !

Des baisers parfum tabac
21,00
22 octobre 2020

Liens de sang.

Vaut-il mieux avoir la moitié d’un père, ou pas de père du tout ?
C’est probablement la question que Dana se pose le plus souvent.

Il faut dire qu’elle, elle a l’impression de ne même pas en avoir une moitié, de père.
Et pour cause : James est bigame.
Dans les faits, il est bigame. Mais sans l’être vraiment. Pas officiellement.

Et c’est bien tout le problème pour la petite Dana. Parce que si James a une femme et une fille légitime, du même âge qu’elle, Dana, elle, est un secret.
Aux yeux du monde, elle et sa mère Gwen n’existent pas dans la vie de James.

Alors avoir un père pour ne le voir qu’une fois par semaine et jamais en public, est-ce vraiment avoir un papa ?
Pourtant, Gwen lui répète, depuis qu’elle est toute petite, que ce sont elles les plus fortes, les mieux loties. Après tout, elles, elles savent que les autres existent, alors que l’inverse n’est pas vrai.
N’est-ce pas déjà un avantage ?

Si, enfant, Dana pouvait se contenter de ça, en grandissant cette vision simpliste ne la satisfait plus.
Pourquoi doit-elle toujours passer après sa sœur, pourquoi sa vie dépend elle toujours des desiderata de Chaurisse, alors que celle-ci ignore son existence ?
Alors, petit à petit, Dana va tenter d’avoir des réponses à toutes ses questions, quitte à franchir la ligne.
Quitte à faire basculer cet équilibre si fragile.

Des Baisers Parfum Tabac est un roman tout en humanité et en vérités, aussi difficiles soient-elles.
Avec ce roman, Tayari Jones nous décrit une vie, faite de questionnements et de ressentiments, une famille, complexe et parfois injuste, et une ville, Atlanta, à une époque où les afro-américains commencent à pouvoir vivre comme les autres, mais doivent quand même, par la force des choses, de rester entre eux.
Nous suivons l’évolution de chacun, avec tendresse et attention, mais aussi avec colère parfois.

Les liens du sang sont à ce point nécessaires que nous sommes parfois prêts à tout risquer pour les faire connaître au grand jour.
Parce que, même imparfaits, amputés de leur légitimité, ils sont pour certains tout ce qui les définit, il est souvent nécessaire de les nommer, officiellement.
Ou pas.
Un très beau roman, à découvrir, vite !