Lundi : 14h-19h00

Mardi - Samedi : 10h - 12h30, 14h00 - 19h00

Annesophie B.

https://www.instagram.com/annesophiebooks/?hl=fr

chroniqueuse littéraire à temps complet.

Les naufragés hurleurs
6 février 2020

Le retour de Martial de la Boissière.

Les Naufragés Hurleurs, de Christian Carayon, est mon premier gros coup de cœur de l’année.

Printemps 1925. Martial de La Boissière, cartésien et sceptique invétéré, travaille avec le Cercle Cardan afin de révéler les supercheries des voyants et autres bonimenteurs.

Un jour qu’il entraîne son ami d’enfance Alain Monsignac pour une séance chez le médium du moment, celui-ci leur annonce la mort prochaine d’Alain.

N’accordant aucun crédit à ces inepties, Martial est sous le choc lorsqu’il apprend un peu plus tard le décès de son ami qui aurait sombré avec son bateau lors d’une tempête.
Lui qui était était pourtant un navigateur hors pair...

Martial décide aussitôt de faire toute la lumière sur cette affaire, et pour cela se rapproche des Lestage, belle-famille d’Alain, en se rendant sur l’île de Bréhat où ils se réunissent régulièrement.

Et le moins que l’on puisse dire c’est que chacun d’eux a des réactions étranges, pour ne pas dire suspectes.

Quant à l’île en elle-même, elle réservera des surprises qui laisseront le lecteur pantois !

Christian Carayon, a qui nous devons déjà « Un Souffle, Une Ombre » et « Torrents », ainsi que "Le Diable sur les Epaules", a une maitrise de plume extraordinaire.

Se servant à la perfection de la beauté de la langue française et de son très large éventail de possibilités, il nous offre une intrigue forte, travaillée et d’une élégance rare.

En plus de personnages fouillés, il crée une atmosphère dense et profonde qui nous aspire dès les premières pages, et nous laisse pantelants une fois la dernière tournée.

Si meurtres, trahisons, secrets, chasse au trésor et folie sont l’apanage des Lestage, superstitions, légendes, sorcellerie et traditions règnent en reines absolues sur l’île de Bréhat.

Et il faudra toute la patience et l’intelligence de Martial pour venir à bout de ces différents mystères.

Un excellent roman aux multiples rebondissements, et au style élégant.

Une intrigue addictive et passionnante, et un auteur à la plume qui fascine et électrise.

Le seul regret en refermant ce livre, c’est de devoir attendre le prochain, tant l’histoire, les personnages et l’atmosphère me manquent déjà.

En résumé : un thriller inoubliable et enchanteur à ne surtout pas rater !

La Cité de feu

Kate MOSSE

Sonatine éditions

5 février 2020

Un agréable plongeon dans l'Histoire.

Au menu du jour : complots, guerres de religions, tortures, mensonges, folie, assassinats, vengeances, secrets et trahisons, ça vous tente ?

Personnellement, j’adore ça (dans une lecture, s’entend).

La Cité de Feu, le dernier roman de Kate Mosse, rassemble à peu près tout ce que j’aime dans une lecture : une plume agréable, un contexte historique documenté et passionnant, et une intrigue qui nous tient en haleine.

Marguerite, dite Minou, est fille de libraire dans le Carcassonne de 1562.
Passionnée de lecture et avide de connaissances, elle n’hésite pas à tenir la boutique de son père quand celui-ci revient d’un déplacement bien trop fatigué, et étrangement abattu.
C’est à cette occasion qu’elle va recevoir un message aussi laconique qu’inquiétant.

Et c’est également ce qui lui permettra de faire la connaissance de Piet, jeune homme courageux et détenteur d’un mystérieux objet. Protestant, il est par conséquent en danger de mort.

La guerre de religions fait rage et, comme toujours, c’est bien plus une question de pouvoir que de foi qui est en jeu...

L’auteure parvient sans difficulté à nous entraîner dans son histoire, et par-là même, au cœur de l’Histoire, nous faisant voyager de Carcassonne à Toulouse et à Puivert.

Ses personnages sont nombreux et travaillés, certains très attachants, d’autres parfaitement détestables, mais le lecteur n’est jamais perdu, tant elle prend le temps d’installer tout autant l’intrigue que les différents protagonistes, sans que jamais cela ne paraisse trop long.

La Cité de Feu est le premier tome d’une saga littéraire historique qui s’annonce aussi dense que passionnante, il était donc essentiel de prendre le temps de poser les fondamentaux.

Aimer l’Histoire est certes un plus pour apprécier cette lecture. Toutefois, l’intrigue est tellement prenante que même ceux qui n’en sont pas spécialement amoureux prendront plaisir à la découvrir.

Kate Mosse fait preuve d’un talent sans faille pour nous raconter cette époque, ses enjeux et les conditions de vie (et de mort) de ceux qui l’ont traversée.

Alors, faut-il vous lancer avec Minou dans cette aventure ? Pour ma part je dirais oui, et je n’ai qu’une hâte : pouvoir lire la suite !

Neuf parfaits étrangers
31 janvier 2020

Jubulatoire !

Avec Neuf Parfaits Étrangers, Liane Moriarty nous propose comme à son habitude une histoire inattendue et très originale.

Frances Welty, auteure actuellement dans le creux de la vague, décide de s’accorder une cure de 10 jours dans un centre de bien-être, Tranquillum House, dont la beauté du lieu et la promesse d’une approche très différente de la remise en forme l’interpellent.

Ils seront neuf à participer : Frances, Lars, Ben, Jessica, Napoléon, Heather, Zoe, Tony et Carmel.

Neuf personnes complètement différentes, totalement coupés du monde extérieur, réunis ici pour le meilleur... et surtout pour le pire.
Car si les méthodes sont effectivement bien différentes de celles des autres centres, elles ne ressemblent en rien à une partie de plaisir, et l’objectif poursuivi par la directrice de l’établissement et ses deux assistants est, pour le moins, obscur...

Avec ce nouveau roman, Liane Moriarty s’en donne à cœur-joie et balance allègrement sur tout et sur tout le monde.

Culte du corps, amitié, famille, écrivains, éditeurs, internet, réseaux sociaux, argent, hommes, femmes, tout est passé au crible sous sa plume et ça fait un bien fou !

Alternant les points de vue, on découvre petit à petit les vilains secrets de tout ce petit monde, et c’est juste jubilatoire.

Avec des dialogues tout à tour énigmatiques, touchants ou amusants, l’auteure nous régale de sa vision du monde actuel où le paraître, l’entre-soi et l’assujettissement au web règnent en maître.

Les personnages, attachants, agaçants, adorables et imbuvables, représentent un large éventail de cette société où le MOI dans le regard de l’autre est devenu la finalité de presque tout.

Le lecteur s’y reconnaît ou reconnaît fatalement des proches, et cela ne fait qu’ajouter à la vraisemblance des exemples.

On suit avec intérêt Frances et les autres, tournant les pages à toute allure vitesse, à la recherche des secrets des uns et des motivations des autres, se demandant comment tout cela va finir tout en espérant que ça dure le plus longtemps possible.

Une lecture qui nous fait rire tout autant que réfléchir, ce qui n’est pas si fréquent.

Et c’est une raison de plus pour ne pas hésiter à y plonger.

Foncez !

L'année du gel
19,90
29 janvier 2020

Une excellente découverte.

Parmi les grands plaisirs que la lecture apporte, il en est un dont je ne me lasserai jamais : la découverte de nouveaux auteurs talentueux qui parviennent à nous transporter dès leur premier roman.

Personnellement ma première belle révélation de cette année a été la plume d’Agathe Portail avec son nouveau et premier titre : L’Année du Gel.

Léonie, Corentin, Vincent, Clara, Pierre, Juliette et Olivia forment un groupe d’amis et ont pour habitude de se retrouver au moins une fois par an pour quelques jours.
Cette année les retrouvailles ont lieu à Haut-Meac, domaine viticole bordelais, appartenant à la famille Mazet, chez qui ils louent leurs chambres d’hôtes.

Mais lorsque le 4ème jour un corps est retrouvé dans la chambre froide du château, le major Géraud Dambérailh va vite comprendre que bien des secrets et des rancunes se cachent derrière les sourires de façade du petit groupe, mais également derrière ceux des propriétaires de Haut-Meac...

Un château, une abbaye, un groupe d’amis pas si amicaux, des propriétaires un peu trop empressés, et un meurtre à résoudre, voilà donc le postulat de départ de ce polar tout en finesse.

L’auteure nous régale de ses personnages parfaitement humanisés, à la langue bien pendue et aux secrets très noirs.

Réflexion et humour se serrent les coudes dans cette intrigue à la Agatha Christie, et le lecteur savoure autant l’un que l’autre, chapitre après chapitre.

Est-ce lui, où elle, ou bien l’autre qui a commis ce meurtre ?
Vous vous poserez cette question bien des fois pendant votre lecture, sans parvenir à vous décider.
Et quand bien même vous finiriez par avoir des certitudes, il y a toutes les chances du monde que le fin mot de l’histoire vous laisse sans voix.

L’Année Du Gel est un roman policier simple dans son approche et intelligent dans son développement.
La finesse des dialogues et la beauté des décors finissent d’accrocher le lecteur jusqu’à la toute fin.

Avec une mention spéciale pour Daphné, la tante de Géraud, aussi classique qu’excentrique.

Le genre de polar que l’on regrette de finir, que l’on espère retrouver très vite, et que l’on s’empresse de recommander autour de soi.

À consommer d’urgence et sans modération !!

Victime 55

HarperCollins

20,00
23 janvier 2020

Un premier roman prometteur !

Chandler est sergent dans la petite ville de Wilbrook, perdue au milieu du désert australien. Pourtant, dans ce coin reculé, ce flic qui aime autant sa ville que son métier va être confronté à une enquête particulièrement tordue.

Gabriel, venu dans la région à la recherche d’un travail saisonnier, arrive un matin au poste de Police, en sang et totalement affolé : il vient juste de parvenir à échapper à un dénommé Heath, qui l’aurait drogué et enchaîné dans une cabane, et qui allait le tuer après lui avoir dit qu’il serait « le 55ème ».

Et l’affaire prend une tournure particulièrement délicate quand un certain Heath arrive à son tour et raconte exactement la même histoire. Sauf que lui dit que son tortionnaire s’appelle Gabriel.

Deux victimes, deux récits strictement identiques.

Alors, lequel des deux ment ? Et qui peuvent être les 54 premières victimes ?

Pour trouver la réponse à cette question, Chandler va se retrouver obligé de retravailler avec son ancien collègue et meilleur ami, Mitch, même si les deux hommes se détestent et ne se sont plus revus depuis près de dix ans.

Avec une histoire bien installée dès les premières pages, James Delargy nous offre une intrigue originale et très visuelle.

Les romans se déroulant en Australie ont souvent une saveur particulière. Les bons, en tout cas.

Et ici, pas de doute, cette fameuse saveur est bien là. On ressent la chaleur insupportable de la région, la sécheresse intense des paysages, le danger de ces grandes étendues désertiques et de ces vastes forêts... La poussière rouge semble sortir des pages, transpirer des lignes, bref l’immersion dans les alentours de Wilbrook est totale.

Les personnages sont à l’image de la nature qui les entoure, durs, secrets, rugueux, s’embrasant facilement, mais pouvant cacher des recoins fascinants.

On retrouve un peu du style de Jane Harper dans l’écriture dans ce polar dont l’auteur peut être plus que fier pour un premier roman 100% australien.

Questionnements, enquête et action sont bien au rendez-vous.

Un thriller qui se lit facilement et qui réserve quelques grosses surprises auxquelles on ne s’attend pas, et ce jusqu’à la toute fin.

À découvrir.