Lundi : 14h-19h00

Mardi - Samedi : 10h - 12h30, 14h00 - 19h00

Annesophie B.

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chroniqueuse littéraire à temps complet.

Les aventures de Gabriel Joly, Le Loup des cordeliers, Roman
20 février 2020

La Révolution comme si on y était.

Mon coup de cœur de l’année 2019 dans la catégorie roman historique policier.

J’ai toujours une petite appréhension lorsque je commence un roman historique.
Outre les grands classiques et la littérature noire (classique et moderne), c’est un de mes genres favoris. Et c’est précisément pour cela que je ne compte plus le nombre de déceptions rencontrées dans ce genre spécifique ces dernières années.

Oui mais voilà, lorsque j’ai su que Henri Lœvenbruck sortait un polar historique, il était évidemment hors de question que je passe à côté.
Un très bon auteur, qui décide d’allier dans une histoire deux de mes genres préférés, qui plus est à l’époque de la Révolution Française ?
Impossible de résister.

Et pour être tout à fait franche, même si ma petite réserve était là en commençant Le Loup des Cordeliers, elle s’est bien vite envolée dès les premières pages.

En plus de nous offrir une reconstitution fidèle (et passionnante) de cette période, l’auteur nous propose un mystère tout aussi captivant et parfaitement intégrée au cadre si particulier de la capitale à cette époque-là.

Mai 1789. Gabriel arrive à Paris avec une seule idée en tête : devenir journaliste. Un métier qui lui permettra rapidement de connaître certains de ceux qui deviendront des grands noms de la Révolution, et en premier lieu Georges Danton et Camille Desmoulins.
Et notre jeune journaliste si attaché à la vérité aura fort à faire, entre l’agitation de la capitale, les tourments de la monarchie, les secrets d’état, les mensonges d’alcôve... et les mystérieux meurtres qui ont lieu depuis quelques temps dans le quartier des Cordeliers.

L’histoire que raconte ce roman est donc particulièrement fournie, pourtant, à aucun moment l’auteur ne se perd, pas plus que le lecteur.
Bien au contraire, chaque page nous plonge un peu plus dans l’ambiance singulière et si addictive de cette magnifique capitale où les plus belles idées n’ont d’égales que les plus noirs desseins.

Une excellente intrigue, des personnages aux milles facettes et une époque reconstituée à la perfection : bref, Le Loup des Cordeliers est un superbe polar historique, à ne surtout pas rater.

Un roman à découvrir et à faire découvrir !

ANONYMAT GARANTI
21,00
20 février 2020

Très bon thriller à 4 mains.

Sarah Pekkanen et Greer Hendricks nous ont une nouvelle mijoté un thriller aux petits oignons.

En 2018, je découvrais ces deux auteures avec la lecture d’Une Femme Entre Nous, leur premier thriller psychologique à quatre mains, qui m’avait très énormément plu.
En plus d’y découvrir une très bonne intrigue, je venais de faire connaissance avec deux plumes de talent, et surtout parfaitement complémentaires.

Autant dire que j’attendais Anonymat Garanti, leur nouveau roman, avec impatience.
Et je suis pas du tout déçue.
Je trouve même, au contraire, que leur style respectif s’est encore plus approfondi et qu’ils se marient encore mieux que dans le précédent, ce qui n’est pas peu dire.

Jess est une jeune maquilleuse de théâtre, reconvertie pour une clientèle privée. Mais, si elle apprécie son métier, celui-ci est loin de lui rapporter beaucoup, et l’argent est nécessaire pour aider ses parents.
Aussi quant, au cours d’une séance chez une cliente, elle tombe sur une annonce proposant d’une belle somme contre des réponses pour un questionnaire sur l’éthique et la morale pour l’étude scientifique d’un célèbre psychiatre, elle décide de se lancer aussitôt.
Mais au fur et à mesure des séances, quelque chose ne tourne clairement pas rond. Les questions sont trop intrusives, et le Dr Shields très énigmatique.
Mais, après tout, ce médecin sait sûrement ce qu’il fait... non ?

Pendant 470 pages, les deux auteures se jouent de nous, nous permettant dès les premières pages de comprendre que le but du médecin n’est clairement pas celui annoncé, puis en nous baladant de la tête de Jessica à celle du Dr Shields grâce à l’alternance des chapitres.

Si Jess est un personnage particulièrement attachant, avec ses forces et ses faiblesses tellement humaines, celui de ce cher docteur est glaçant.

Doutes, confiance, paranoïa, dépendance psychologique, tous ces ingrédients se mélangent à la perfection à la lecture des pensées des protagonistes.

Et le lecteur, une fois ce thriller commencé, n’aura de cesse de vouloir le terminer.

Une nouvelle fois le mélange de ces deux plumes, aussi profondes que différentes, m’a offert un thriller psychologique à la hauteur de mes attentes.

N’hésitez pas !

Le journal de Claire Cassidy
18 février 2020

Un roman, un journal, une nouvelle et un meurtre.

Elly Griffiths nous propose ici un roman à la construction soutenue.
Pour autant sa complexité narrative n’est absolument pas rédhibitoire, puisque le lecteur ne se perd à aucun moment.

Claire, professeur de littérature, dispense ses cours dans un collège qui était autrefois la demeure d’un auteur devenu un classique de la littérature victorienne : R.M. Holland.
Et si la vie de Holland est connue pour ses nombreuses zones d’ombre et de mystères, la vie de la jeune professeure va elle aussi prendre un tour étrange lorsque sa meilleure amie est retrouvée assassinée de la même façon que l’un des personnages de Holland, et avec à ses côtés une citation de sa nouvelle la plus célèbre : L’Inconnu.

Commence alors une course contre la montre pour Claire et deux lieutenants de police afin que la réalité ne rejoigne pas la fiction et découvrir l’identité du tueur avant qu’il ne continue le scénario de cette terrible nouvelle...

L’alternance des chapitres nous permet de suivre Claire, au travers de sa vie courante et de ses journaux intimes qu’elle tient de manière assidue ; Georgia, sa fille adolescente, et le lieutenant Harbinder Kaur.

Qui dans l’entourage de Claire aurait pu commettre ce crime ? Et surtout à quel point la vie de Claire et de sa fille sont en danger ?

L’un des principaux atouts de ce thriller repose sur la qualité des personnages. L’auteure s’est attachée à en faire des protagonistes à divers niveaux de profondeur et tous parfaitement cohérents dans leur évolution.

Le lieutenant Kaur en particulier nous offre un excellent exemple de personnage parfaitement construit, et, bien qu’elle ait un caractère assez froid de prime abord, elle deviendra pour beaucoup de lecteurs la protagoniste la plus marquante du roman, parce que la plus profonde.

L’autre excellent point est d’avoir intégré à l’intrigue la nouvelle de Holland, en nous la dévoilant petit à petit au cours de paragraphes spécifiques.

Si l’action n’est pas toujours au rendez-vous, Le Journal de Claire Cassidy n’en reste pas moins une lecture qui remplit agréablement sa mission, et nous donne très envie de (re)plonger dans les romans de Collins ou Le Fanu.

Une excellente raison de découvrir ce titre.

Les Naufragés hurleurs
10 février 2020

Le retour de Martial de La Boissière.

Les Naufragés Hurleurs, de Christian Carayon, est mon premier gros coup de coeur de l'année.

Printemps 1925. Martial de la Boissière, cartésien et sceptique invétéré, travaille avec le Cercle Cardan afin de révéler les supercheries des voyants et autres bonimenteurs.

Un jour qu'il entraîne son ami d'enfance Alain Monsignac pour une séance chez le médium du moment, celui-ci leur annonce la mort prochaine d'Alain.

N'accordant aucun crédit à ces inepties, Martial est sous le choc lorsqu'il apprend un peu plus tard le décès de son ami qui aurait sombré avec son bateau lors d'une tempête.
Lui qui était était pourtant un navigateur hors pair...

Martial décide aussitôt de faire toute la lumière sur cette affaire, et pour cela se rapproche des Lestage, belle-famille d'Alain, en se rendant sur l'île de Bréhat où ils se réunissent régulièrement.

Et le moins que l'on puisse dire c'est que chacun d'eux a des réactions étranges, pour ne pas dire suspectes.

Quant à l'île en elle-même, elle réservera des surprises qui laisseront le lecteur pantois !

Christian Carayon, a qui nous devons déjà « Un Souffle, Une Ombre » et « Torrents », ainsi que "Le Diable sur les Epaules", a une maitrise de plume extraordinaire.

Se servant à la perfection de la beauté de la langue française et de son très large éventail de possibilités, il nous offre une intrigue forte, travaillée et d'une élégance rare.

En plus de personnages fouillés, il crée une atmosphère dense et profonde qui nous aspire dès les premières pages, et nous laisse pantelants une fois la dernière tournée.

Si meurtres, trahisons, secrets, chasse au trésor et folie sont l'apanage des Lestage, superstitions, légendes, sorcellerie et traditions règnent en reines absolues sur l'île de Bréhat.

Et il faudra toute la patience et l'intelligence de Martial pour venir à bout de ces différents mystères.

Un excellent roman aux multiples rebondissements, et au style élégant.

Une intrigue addictive et passionnante, et un auteur à la plume qui fascine et électrise.

Le seul regret en refermant ce livre, c'est de devoir attendre le prochain, tant l'histoire, les personnages et l'atmosphère me manquent déjà.

En résumé : un thriller inoubliable et enchanteur à ne surtout pas rater !

Envole-moi

Albin Michel

19,90
10 février 2020

tendre et mordant.

L’amitié a cela en commun avec l’amour qu’elle peut faire autant de bien que de mal.

Anaïs a quitté Paris pour s’installer à Nice et y a trouvé l’amour, une carrière et un certain équilibre.
Le jour où Marie, sa ailleurs amie d’enfance, la recontacte après des années de silence, et lui demande de monter la voir à Paris, son premier réflexe est de l’ignorer.

Après tout, Anaïs est bien placée pour savoir à quel point Marie peut être adorable et sensible, mais aussi manipulatrice et égocentrique.

Malgré tout, Anaïs décide de monter la rejoindre, pour essayer de l’aider, une dernière fois.
Pour tenter de la comprendre, une ultime fois.

Mais sitôt arrivée, c’est toute son enfance qui refait surface.

Les bons souvenirs, trop vite oubliés et les mauvais, trop longtemps gardés.
Les parents qui n’avaient pas si souvent tort et les amis qui étaient loin d’avoir raison.

Et tout ce quotidien fait de cours, de musique, de rires, de larmes, de films et de rêves.

Les premières sorties, les premiers secrets, les premières promesses et les premières trahisons.
Toutes ces premières fois qui ne reviennent jamais mais que la vie se plait à nous rappeler.

Que s’est-il réellement en 1993 ?
Pourquoi Marie a-t-elle réellement fait venir Anaïs ?

Le temps d’un week-end nos Thelma et Louise de pacotille vont revivre tout ce qui rend la vie bien plus précieuse qu’un film : son intense fragilité.

Avec ce roman Sarah Barukh nous replonge dans cette époque vibrante et douloureuse qu’est l’adolescence.

Nous voulons bien sûr savoir ce qui est arrivé en 1993. Comprendre ce qu’il se passe aujourd’hui dans la vie de Marie. Et saisir le lien entre les deux.

Mais on aimerait aussi rester un peu plus longtemps dans ce passé pas si lointain.

Plus qu’un roman, c’est une ode à l’amitié, si bien servie par la musique de J.J. Goldman.

Une belle leçon de tolérance également. Envers les autres, bien entendu, mais envers nous-mêmes également.
Envers l’enfant que l’on a été et l’adulte que l’on est devenu.

Entre rires et larmes, Envole-Moi est à la fois un pur moment de nostalgie et un véritable bain de jouvence.

Un petit bijou à découvrir, pour l’histoire qu’il nous raconte et celle qu’il nous rappelle.