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Conseils de lecture

TOUS LES VIVANTS
19,00
par (Libraire)
4 février 2020

Tous les vivants

Dans un kentucky sans âge, Orren et Aloma tentent tant bien que mal de s’inventer une vie à deux. La jeune femme rêve de musique et d’un piano bien à elle sur lequel faire courir ses doigts tandis que son compagnon s’évertue à maintenir la ferme familiale debout. L’amour est là, bien sûr, mais face à une terre désolée peuplée d’absents, il n’est, parfois, que de maigre consolation.

Un magnifique portrait de femme (et d’homme!) porté par une écriture sensible et juste.

J’avais découvert C.E. Morgan l’année dernière lors de la parution du Sport des rois. Titre que je ne peux que vous recommander chaudement également et qui vient d’arrivée en folio. Bref, avec ce second roman traduit (toujours aussi brillamment), C.E. Morgan est définitivement une autrice à suivre.


Pour Luky

Les Éditions Noir sur Blanc

18,00
par (Libraire)
4 février 2020

Pour Luky

Luky, Diego et Abdoul débarquent sous nous yeux au début d’un été qui promet de s’étirer. Ils traînent dans le trou. Le trou c’est une sorte de cube en béton où ils peuvent se retrouver, dans le sous-sol d’un des immeubles. Un lieu rien qu’à eux pour tout se raconter. Enfin, tout se raconter, c’est vite dit car ils ont beau être les meilleurs amis du monde, y’a des trucs qu’on ne dit pas, ou alors on transforme un peu, on enjolive. C’est qu’ils ont de la fierté ces petits mecs! De la sensibilité et de la pudeur aussi.

Et c’est ce que j’ai aimé avec l’écriture d’Aurélien Delsaux (que je découvre avec ce titre). Il a été enseignant en collège lycée pendant dix ans et je ne sais pas si c’est ça, mais il parvient à nous transmettre leur sensibilité et la tendresse qu’il éprouve eux. Nous les suivrons une année environ : l’entrée au lycée, le chemin des possibles, les premières fois (ou pas).

Nicolas Mathieu (prix Goncourt, auteur de Leurs enfants après eux) dit cela de Pour Luki : « Delsaux invente un langue qui est comme un couteau papillon, qui se plis et se replie sans cesse, virevolte et blesse pour finir. » Je crois que, oui, c’est cela. J’ai, en tout cas, trouvé une grande poésie dans cette langue. Elle interpelle au premier abord, mais on se rend vite compte qu’elle donne toute sa force au roman. Bref, j’ai adoré.

Un grand coup de cœur.


J'aurais pu devenir millionnaire, j'ai choisi d'être vagabond
21,00
par (Libraire)
17 janvier 2020

John Muir, l'émerveillé

J’aurais pu être millionnaire, j’ai choisi d’être vagabond d’Alexi Jenni (éd. Paulsen) est un portrait passionnant et une excellente entrée en matière pour découvrir cet homme d’exception qu’était John Muir.

Né en 1838 en Ecosse, John Muir émigra aux Etats-Unis avec sa famille à l’âge de 11ans, dans le Wisconsin. Dans les espaces encore sauvages de cette toute jeune Amérique, émerveillé, il va consacré sa vie à la Nature. L’observation, la connaissance et surtout la préservation de cette Nature grandiose dans laquelle il ne cessera de se fondre. Les fôrets, les montagnes, les champs de fleurs, les glaciers… De la vallée du Yosemite à l’Alaska, en passant par la Floride et l’Amazonie, il s’émerveillera tout au long de sa vie devant la beauté inégalée que peuvent offrir ces paysages vierges de toute activité humaine. Il fuira autant que possible la compagnie des Hommes, lui préférant celle des écureuils, des ours et des sequoias.

Mais il écrit. Et ses essais, articles ou récits vont rencontrer un énorme succès. Cette célébrité va lui permettre de mener les premiers combats pour la protection de l’environnement.

Figure mythique aux Etats-Unis, au même titre que Thoreau, Muir est beaucoup moins connu en France. Il méritait un nouvel éclairage, et je remercie Alexi Jenni pour l’avoir fait d’une si belle manière.

» Aux Etats-Unis, c’est un héros national, c’est le protecteur de Yosemite, le sauveur des séquoias, le père fondateur de l’écologie politique, même s’il y a malentendu dans ce domaine. Et puis c’est un personnage fantasque et barbu, un vagabond magnifique, libre et plein d’humour, qui a laissé parmi les plus belles pages de nature writing, ce genre littéraire américain – hélas surtout américain-, qui ne manque pourtant pas de belles plumes. »

Comme moi, Alexi Jenni a découvert John Muir en lisant Quinze cents kilomètres à pied à travers l’Amérique; comme moi, un seul mot lui vient quand il évoque John Muir: l’émerveillement; comme moi, il aimerait que tout le monde lise John Muir.


Des gens comme nous
22,50
par (Libraire)
13 janvier 2020

Des gens comme nous

Bienvenue dans la famille Blumenthal où règne une effervescence particulière à l’approche du mariage de Clem, l’aînée de leurs quatre enfants, qui aura lieu dans le jardin de la demeure familiale. Dans 5 jours, une horde d’invités seront là et, d’ici là, Bennie et Walter devront s’affairer sans relâche pour s’occuper de tout ce petit monde et que tout se déroule sans relâche.

Seulement ça, c’est juste la partie émergée de l’iceberg. Car, alors qu’une communauté de juifs ultra-orthodoxe semble avoir choisi leur quartier de Rundle Junction pour s’installer, les Blumenthal ont décider de vendre leur maison, pourtant dans la famille depuis plusieurs générations. Évidemment, c’est un secret, bien caché sous le tapis, avec d’autres…

Des gens comme nous met en scène une famille attachante, avec ses bouleversements, ses non-dits, ses tensions, ses drames et ses joies…bref, la famille. Et ça fonctionne! J’ai aimé être avec Bennie, Clem, Walter, tante Glad et les autres, le temps qu’aura duré ma lecture et même un peu plus. Et ils m’accompagneront encore, puisqu’il en est ainsi des romans : on y trouve toujours un écho.

Un beau coup de coeur!

Emma


Là où chantent les écrevisses
21,50
par (Libraire)
9 janvier 2020

Un éblouissant roman

Il y a des romans comme ça qui vous arrache des larmes et un sourire un soir, très tard, sous la pleine lune. Des histoires qui vous prennent au corps et qui vous disent que c’est pour elles que vous faites ce métier.
« Là où chantent les écrevisses » de Delia Owens, sous la traduction de Marc Amfreville, en fait indéniablement partie.

Tout commence et tout finit dans le marais, le bayou.
« Un marais n’est pas un marécage. Le marais, c’est un espace de lumière, où l’herbe pousse dans l’eau, et l’eau se déverse dans le ciel. Des ruisseaux paresseux charrie t le disque du soleil jusqu’à la mer, et des échassiers s’en envolent avec une grâce inattendue -comme s’ils n’étaient pas faits pour rejoindre les airs- dans le vacarme d’un millier d’oies des neiges. »
Voilà, Delia Owens vous prend dans sa poésie, et l’intensité de ce lieu, pour ne plus vous lâcher jusqu’à la toute dernière page.

Nous sommes en 1969 lors qu’est découvert le corps de Chase Andrews dans un marécage. Tout porte à croire à une simple chute du haut de cette vieille tour de guet. Mais l’absence totale de traces ou d’empreintes sème le doute dans l’esprit d’ Ed Jackson, le shérif de cette bourgade du Sud profond. L’ enquête démarre donc, au rythme des plats et des saveurs typiques de la Louisiane qui défilent lors des conciliabules entre Ed et son adjoint.
Parallèlement à cette histoire, une autre débute en Août 1952, au sein du marais. Une petite fille voit partir sa mère au bout du chemin. Elle essaye tant bien que mal de se dire qu’elle reviendra… un jour.

C’est ainsi que commence l’histoire de Kya, se déroulant au milieu des oiseaux, des plantes sauvages, de la violence d’un père alcoolique, des abandons, des belles rencontres, des amibes, des remarques assassines, des hérons, des crabes, des amours.

Avec un sens du rythme et de la formule, Délia Owens nous transporte fabuleusement dans son univers. J’y ai plongé mon regard et n’ai plus eu envie d’en ressortir, absorbée par ce personnage féminin fort, dense et magnifique.
Le marais devient la mère nourricière de Kya, il lui donne, la nourrit, l’inspire, la fait grandir, la confronte tandis que le monde autour observe cette « Fille des marais » méfiante et craintive qui a le goût de cette solitude immense, parfois forcée, parfois voulue.

Kya vit, palpite et Owens nous tatoue à l’esprit la beauté sombre du bayou et de son enfant. C’est cela la force d’un grand roman : ce tissage sensible entre personnages, ambiance, écriture et nous, lecteurs-trices happé(e)s.

« Là où chantent les écrevisses » (« Where the Crawdads Sing ») est un chant d’amour pour les marais de Louisiane, c’est aussi une enquête qui vous surprendra par son amplitude. Comme un éblouissant roman polymorphe.