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L'Amérique derrière moi

L'Amérique derrière moi

Desplanques, Erwan

L'Olivier

  • 7 janvier 2019

    "Mon père ouvrit une bouteille de champagne pour nous annoncer la nouvelle. Avec calme, sans gravité. Un cancer du poumon, stade quatre." Deux jours plus tard, l’auteur apprend qu’il va être papa dans quelques mois. Dans cet interstice émotionnel où l’arrivée du futur évènement devrait le combler de joie, il lui faut se préparer au pire.

    L’occasion pour lui de retracer son enfance marquée par l’admiration sans bornes de ce père pour les États-Unis. Une fascination excessive tout comme l'était son père qui allait même jusqu'à porter porter des chaussettes avec le dessin de la Maison Blanche ou à acheter des vêtements de l'armée américaine pour lui et pour ses fils. En remontant l'histoire familiale, on découvre que la passion irraisonnée de son père est bien plus complexe qu'il n'y paraît.
    L'ensemble du récit oscille entre la comédie (tant ses parents formaient un couple détonnant et étonnant), la tendresse et la lucidité dont l’auteur fait part. "Mon grand-père maternel s'était engagé dans l'armée à dix-neuf ans, mon père à dix-huit. La premier avait été autant marqué par la guerre que le second par son absence. Ma famille s'était bâtie sur cette double fêlure, celle d'une guerre subie et d'une guerre réclamée, et je me voyais comme un dommage collatéral, conscient d'avoir devant lui un écheveau à résoudre et une mémoire à porter. "

    C'est fluide car Erwan Desplanques a su trouver la distance qu’il fallait. Le lecteur se sent proche sans être voyeuriste. ll y a une telle puissance dans la description des moments qui suivent la mort de son père que j’ai eu la gorge serrée d’émotions.
    Du début à la fin, c’est beau, élégant, pudique sans jamais être larmoyant et les dernières pages sont intenses ( je n'en dis pas plus sauf que le titre y prend toute sa signification).
    Un livre tout simplement sobre, sensible et tout en pudeur. J’ai vibré. Et si la première rencontre avec cet auteur m'avait déçue ("Si j'y suis") et bien là, c'est tout l'inverse.

    "Ma mère m’avait appris à parler pour rien, à parler dans le vide, à parler pour deux ou pour trois. Trop parler est une autre forme de défense. Comme écrire ou chanter. Une voix parallèle."